Falsificazioni e collezioni epigrafiche

Falsificazioni e collezioni epigrafiche a cura di Lorenzo Calvelli e Ginette Vagenheim, L’ERMA di BRETSCHNEIDER, 53° volume della Collana Epigrafia e antichità

USCITO OGGI

 

 

 

 

DALL’INTRODUZIONE

Falsifications  et collections épigraphiques

Le « cycle de vie » des inscriptions

 

Au cours du XIXe siècle, les fondateurs de la science épigraphique décidèrent de réunir dans une seule section du Corpus inscriptionum Latinarum (CIL), intitulée falsae vel alienae, les inscriptions fausses et les inscriptions déplacées, en les marquant d’un astérisque. À leurs yeux, ces deux types de monuments inscrits ne devaient pas être utilisés comme sources historiques car ils ne permettaient pas de reconstruire l’histoire ancienne ou la topographie antique. Or, cette confusion échappe encore aujourd’hui aux non-spécialistes et, par conséquent, la présence de ces deux groupes d’inscriptions dans une même section du Corpus provoque souvent l’incompréhension.

Au cours du XVIe Congrès International d’Épigraphie Grecque et Latine nous sommes revenu.e.s sur l’approche traditionnelle réservée aux « inscriptions fausses et déplacées » en dépassant le jugement négatif qu’elles ont trop souvent suscité, notamment grâce à l’exploration de nouvelles approches méthodologiques. La section parallèle que nous avons organisée était destinée à tou.te.s les collègues qui travaillent sur ces deux thématiques selon des approches diverses et à travers des contextes historiques et géographiques multiples. Parmi les pistes possibles mais non exclusives, on s’est demandé si les falsae pouvaient être considérées comme des produits de l’histoire de la culture et on s’est interrogé sur la nature des relations et dynamiques qu’elles établissaient entre l’antiquité et l’époque où elles furent inventées. Dans cette perspective, d’autres questions ont pu être alors posées, touchant à la taxonomie de ces documents et à la nature de la falsification, qu’elle soit sur pierre ou sur papier, intentionnelle ou destinée à reproduire ou imiter les modèles classiques. Pour ce qui concerne les falsae vel alienae, on a rappelé les mots de Théodor Mommsen (1817-1903) dans une lettre du 5 octobre 1868 qui avouait à son destinataire, Giuseppe Antonelli, que parmi les sources antiques, l’épigraphie était la plus complexe qui soit et que les deux grands dommages causés à cette science étaient précisément le déplacement des pierres et la falsification.

Or, depuis toujours, les inscriptions se déplacent en des pérégrinations souvent marquées par de nombreuses étapes pouvant conduire, en dernière instance, à l’oblitération ou même à l’oubli de leur origine. De même, les inscriptions furent toujours objets de contrefaçon, parfois de façon frauduleuse, mais elles furent aussi souvent prises comme des exempla pour la création de répliques d’inspiration classique. Comme le souligne Anthony Grafton :

The new forgery stemmed less from practical needs than from nostalgia. It aimed above all at recreating a past even more to the taste of modern readers and scholars than was the real antiquity uncovered by technical scholarship.

C’est ce qui se passa, par exemple, lors de la redécouverte du corps à la Renaissance, qui donna naissance aux travaux sur la médecine antique et sur l’art de la gymnastique ; l’engouement suscité alors par les découvertes d’édifices et objets liés aux soins du corps engendra la « création » d’inscriptions attestant l’existence d’institutions telles que les schola medicorum, que Maria Ángeles Alonso fait remonter au célèbre faussaire  Pirro Ligorio (1512-1583). Le rôle joué par les deux grands problèmes liés à l’épigraphie, évoqués plus haut, était déjà clair pour Mommsen au moment où, en janvier 1847, il présenta à l’Académie des Sciences de Berlin son projet pour la réalisation d’un Corpus inscriptionum Latinarum. La deuxième et la troisième section de cette Denkschrift sont, en effet, consacrées respectivement au classement des inscriptions (Anordnung der Inschriften) et à leur critique (Kritik der Inschriften), répartie à son tour en deux sous-sections relatives au problème de la génuinité (Kritik der Ächtheit) et à la reconstruction du texte épigraphique (Constituirung des Textes). Toutefois, l’influence des deux phénomènes de la mobilité des inscriptions et de la falsification épigraphique était déjà connue de nombreux érudits de la période humaniste et de la Renaissance. Des intellectuels de la stature d’un Fra Giovanni Giocondo (Vérone 1433- Rome 1515) et Benedetto Egio de Spolète (meurt après 1566), ainsi que de leurs contemporains Jean Matal (1517-1597), Antonio Agustín (1517-1586) et Martin de Smet (1525-1578), tous formés à l’école du juriste milanais Andrea Alciato (1492-1550), avaient déjà conscience du phénomène fréquent de déplacement des inscriptions d’un endroit à un autre, ainsi que des risques de la production épigraphique inventée ou interpolée pour des finalités très diverses.

Face à ces considérations, la question qui vient spontanément à l’esprit est pourquoi donc étudier aujourd’hui le collectionnisme et la falsification épigraphique, alors même que ces phénomènes sont bien connus depuis des siècles. La réponse vient, selon nous, de la possibilité d’examiner les inscriptions selon une perspective nouvelle et, à plusieurs égards, antithétique à celle adoptée jusqu’ici. En effet, les déplacements des inscriptions ne doivent plus être considérés comme des éléments négatifs qui mettent à mal la pureté des sources anciennes en arrachant les inscriptions à leur contexte originel ; au contraire, l’histoire des monuments inscrits devrait être considérée comme une série de segments d’un « cycle de vie », selon l’heureuse définition d’Alison Cooley, qu’il convient d’analyser selon une méthodologie qui soit exempte de préjugés et jugements qualitatifs.

On a déjà rappelé que dans les corpora épigraphiques de la seconde moitié du XIXe siècle, les inscriptions fausses et celles qui avaient été déplacées de leur contexte originel furent réunies dans une seule section, appelée falsae vel alienae, malgré leur différence ontologique,  et frappées du symbole graphique d’un astérisque, assimilable à une marque d’infamie rendant ces deux catégories de textes inutilisables à des fins de recherche scientifique et à la construction de l’histoire d’une localité ou d’un territoire donné. Certes, aujourd’hui encore, l’identification du contexte antique et originel pour lequel le monument inscrit fut créé reste une des principales finalités de tous ceux qui étudient les sources épigraphiques. À ce propos, l’approche heuristique la meilleure s’est révélée être celle qui cherche à retracer à rebours l’histoire de l’objet ou monument inscrit, à partir de son lieu de conservation actuel (ou du dernier lieu où est attestée sa présence) jusqu’au contexte -idéalement – ou plutôt à la « situation » pour laquelle il fut originellement produit. Cette approche, Alfredo Sansone l’étend avec bonheur aux possesseurs des recueils d’inscriptions et montre qu’un précieux manuscrit inédit, qui transmet des fragments des Fastes capitolins et dont le dernier possesseur fut Cristofano Amaduzzi (1740-1792) remonte, en réalité, à l’époque du pontificat de Paul III Farnèse. Pour revenir aux deux termes « contexte et situation », c’est volontairement que nous les utilisons. En effet, le premier nous permet de rappeler le titre du livre de Andrea Carandini, La forza del contesto, qui établit avec lucidité la nécessité qu’il y a à insérer chaque source (et pas seulement archéologique) dans le contexte historique dans lequel elle fut créée, mais aussi dans les contextes qui l’accueillirent au fil du temps, jusqu’à nos jours. En empruntant le terme « situation » à la théorie sémiotique de Foucault, Marion Lamé a suggéré pour sa part, de façon convaincante, d’identifier des « situations » de communication épigraphique dans lesquels un « dispositif » écrit interagit avec le paysage et les acteurs humains d’une époque. Jours. C’est ce qu’illustre la contribution de William Stenhouse en révélant ce lien dans la reconstruction du christianisme primitif à travers ses fondateurs et ses monuments à l’époque d’André Alciat cité plus haut ; ou encore Antonella Ferraro qui identifie dans la mode des généalogies, et notamment celles inventées par Giacomo Zabarella (1599-1679)  une façon, pour le patriciat vénitien d’affirmer son ancienneté et donc sa supériorité dans les luttes de pouvoirs. Reconstruire le cycle de vie des inscriptions signifie donc reconstruire chaque étape de leur histoire et les placer dans une séquence de situations épigraphiques dans lesquels est activée leur fonction de dispositif communicatoire d’un message écrit. Dans certains cas, une aide précieuse pour reconstruire un parcours aujourd’hui intraçable nous vient des travaux des humanistes qui ont consigné dans leurs carnets l’histoire d’inscriptions aujourd’hui perdues ; c’est ce que nous enseigne l’étude de Sandra Cano Aguilera et Joan Carbonell Manils à propos des recueils d’inscriptions d’Antonio Agustín. L’autre précieux réceptacle de la mémoire du cycle des vies des inscriptions est constitué par les collections ; la collection Vallentin du Cheylard, étudiée par Benoît Rossignol, Michèle Bois et Michel Christol nous renseigne à la fois sur les pratiques épigraphiques d’une région, la moyenne vallée du Rhône,  et sur les figures de ceux qui  contribuèrent à sa préservation et diffusion. En revanche, dans l’étude de Sergio España-Chamorro, ce sont les archives parisiennes qui jouent ce rôle et nous racontent les vicissitudes des inscriptions découvertes à l’occasion de la conquête et la colonisation françaises de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc. C’est l’exploration des manuscrits épigraphiques et des papiers d’archives ainsi que l’histoire des collections épigraphiques et des réseaux commerciaux et antiquaires qui nous livrent des informations inédites et essentielles sur le « cycle de vie » de ces inscriptions, qu’il faut donc parcourir à rebours, on l’a dit, et qui nous renseignent sur le concept de « falsification », une notion qui a beaucoup changé selon les époques et ne doit pas être interprétée selon nos critères contemporains. Dans les deux cas, il s’agit donc de récupérer des documents trop souvent négligés et pourtant essentiels pour l’étude de l’histoire ancienne.

Nous donnons suivre de brefs résumés des communications présentées pendant la section parallèle organisée à Bordeaux.

Résumés des communications

Dans son intervention intitulée Renaissance Responses to Christian Inscriptions, Epigrammata and Elogia, William Stenhouse (Yeshiva University) a examiné, à travers quelques exemples, la façon dont les érudits de la Renaissance ont utilisé les inscriptions pour documenter l’histoire de l’Église chrétienne primitive, révélant leur conception du faux, bien différente de celle des éditeurs du CIL. C’est que juste après le Concile de Trente, les antiquaires étaient à l’affût d’inscriptions permettant de localiser les premiers sites de culte ou les lieux de sépulture et de reconstruire les carrières d’éminents prélats. Cela était vrai à Rome, mais aussi ailleurs dans la péninsule italienne et dans des villes de France, d’Espagne où les historiens locaux préservaient la mémoire des congrégations, des évêques et des saints. Ils s’appuyaient parfois sur des documents que les éditeurs du XIXe siècle jugeaient douteux. Mais ils sont allés aussi jusqu’à inventer des témoignages destinés à être gravés et affichés dans des sites importants et les ont même fait imprimer dans certains cas. Leurs sources étaient constituées des manuscrits et des archives leur fournissant des modèles pour recréer ces témoignages ou en faire une imitation créative. C’est ainsi que l’illustre juriste Andrea Alciato, tira d’un codex ancien des informations relatives aux inscriptions de l’Antiquité tardive à Milan, comme l’inscription attestant que saint Ambroise avait fondé la basilique des Apôtres ; cependant, certains des textes tirés du codex sont plus sujets à caution, tout comme les copies ultérieures prétendument issues de la même source. On se demande alors s’il s’agit de recréations d’Alciato, ou si son manuscrit comprenait vraiment aussi des textes douteux. Quoi qu’il en soit, la publication montrera que les usages polémiques que fit Alciato des inscriptions paléochrétiennes nous en disent long sur sa conception et celles de ses contemporains face à la falsification épigraphique.

Maria Ángeles Alonso (Universidad Nacional de Educación a Distancia), nous a parlé des Inscriptiones falsae medicorum de Ligorio en el contexto de la cultura médica erudita del Renacimiento italiano, en partant de l’identification, parmi les falsae Ligorianae de CIL VI, 5, de 38 inscriptions concernant des médecins ainsi qu’une schola medicorum que Pirro Ligorio (1512-1581) a copiés dans divers manuscrits de ses Antichità romane et dans l’Enciclopedia del mondo antico, allant jusqu’à y décrire l’architecture et l’emplacement du prétendu édifice, mais aussi les divers exercices de gymnastique qui étaient pratiqués à l’intérieur de la schola. Nul doute que les liens d’amitié que Ligorio avait noués avec Girolamo Mercuriale (1530-1606), l’un des médecins les plus illustres de l’époque, au service du cardinal Alexandre Farnèse, ne sont pas étrangers à un tel intérêt. C’est ce que révèle d’ailleurs le nom de Ligorio comme pourvoyeur d’une inscription qui s’est révélée être fausse, dans le De arte gymnastica de Mercuriale, dont la seconde édition de 1573 fut en outre illustrée de nombreuses planches dues à Ligorio. Le but de cette communication a été d’évaluer dans quelle mesure la culture médicale de la Renaissance italienne, ainsi que la relation que Ligorio entretenait avec Mercuriale, mais aussi avec d’autres médecins, a influencé l’antiquaire dans sa création de fausses inscriptions de médecins à travers divers aspects, tels que le rapport aux inscriptions genuinae, à l’onomastique des personnages et à la nomenclature des professions évoquées. Une telle démarche vise à révéler l’étendue et la nature des connaissances mais également la dynamique intellectuelle déployée par Ligorio dans la création de ces faux.

Alfredo Sansone (Università degli Studi della Repubblica di San Marino) nous a éclairés sur les copies des Fasti e falsi di un inedito manoscritto epigrafico. Conservé à l’Accademia dei Filopatridi de Savignano sul Rubicone, le petit manuscrit inédit qui fut acquis au XVIIIe siècle par l’érudit Giovanni Cristofano Amaduzzi (1740-1792) fut écrit sur papier vers le milieu du XVIe siècle et contient une cinquantaine d’inscriptions trouvées à Rome entre 1538 et 1546. Les textes épigraphiques sont en outre annotés et certains encore inédits aujourd’hui. Le manuscrit permet ainsi d’identifier plus précisément la provenance de certains monuments, de confirmer l’authenticité d’inscriptions auparavant considérées comme douteuses et de nous fournir une des plus anciennes copies des Fasti Capitolini. Il s’agit pour l’auteur d’offrir une description préalable de cette collection épigraphique, dont l’édition sera publiée dans les actes de cette section et qui pourrait, malgré sa modestie, jouer un rôle non marginal dans l’histoire de la tradition manuscrite des inscriptions urbaines.

Sandra Cano Aguilera et Joan Carbonell Manils (Universitat Autònoma de Barcelona) se fondent sur un manuscrit de Bordeaux pour une première Aproximación al estudio de la génesis de los Diálogos de Antonio Agustín. Estudio del ms. 813 de la Bibliothèque Municipale de Bordeaux. L’œuvre illustre l’ensemble des connaissances numismatiques et épigraphiques accumulées par Antonio Agustín (1517-1586), tout au long de sa vie, pendant les trente ans passés en Italie (Bologne, Rome et Sicile) où il fut en contact avec les plus grands humanistes passionnés comme lui par la numismatique et l’épigraphie, parmi lesquels principalement Fulvio Orsini (1529-1600) et Onofrio Panvinio (1529-1568). L’ouvrage, imprimé et publié à titre posthume en 1587, est un exemple du modèle d’analyse critique des connaissances qui existait à l’époque, et présente et applique en outre les intuitions d’une “méthode scientifique” très avancées pour son époque. Dans leur communication, les auteurs ont présenté la longue genèse des matériaux utilisés par Agustín pour sa rédaction, dont une partie se trouve dans son carnet de notes intitulé Alveolus (conservé sous forme de manuscrit dans la Bibliothèque de l’Escurial ms. S-II-18). D’autre part, la riche collection épistolaire conservée par cet humaniste nous fournit des informations qui nous permettent de suivre avec une grande précision les vicissitudes du processus d’écriture (ajouts, ratures, suppressions, modifications, etc.). Enfin (et c’est peut-être le document le plus significatif en raison du manque d’une étude à ce jour), les auteurs ont analysé le ms. 813 de la Bibliothèque Municipale de Bordeaux, qui se révèle être une première ébauche de l’œuvre et qui contient même des corrections de l’auteur lui-même. Ils nous renseignent aussi sur les différents collectionneurs de monnaies et d’inscriptions, qui ont offert leurs collections à Agustín pour la rédaction de son œuvre. Dans une dernière section, ils nous proposent des exemples d’utilisation de la littérature de l’époque, en mettant l’accent sur le traitement des fausses copies. Les deux chercheurs souhaitent ainsi rendre compte de la diffusion de l’œuvre après sa publication et des exemplaires qui ont survécu et qui ont été conservées dans diverses bibliothèques à travers le monde.

Antonella Ferraro (Museo Nazionale Romano) a proposé une étude sur Il genealogista Giacomo Zabarella e la falsificazione epigrafica al tempo della Serenissima. Issu d’une célèbre famille padouane et membre de nombreuses académies locales, Giacomo Zabarella (1599-1679), était un antiquaire et un historien généalogiste vers qui certaines des familles vénitiennes les plus illustres, telles que les Zeno, les Correr, les Sanudo, les Querini, les Mocenigo et les Pesaro se sont tournées pour reconstituer les origines patriciennes de leur famille et les faire remonter à l’époque romaine. En Vénétie, le XVIIe siècle a été le témoin d’un véritable épanouissement de ce genre littéraire ; en effet, en raison d’une série de conflits au sein de la classe dirigeante de la Sérénissime, tant la noblesse provinciale que les instances conservatrices du patriciat ancien, étaient déterminées à préserver leurs privilèges. Giacomo Zabarella, comme d’autres antiquaires et généalogistes, se livrait donc à reconstructions historiques en utilisant les inscriptions latines et grecques de la Sérénissime dont certaines genuinae, bien que mal interprétées, mais d’autres créées pour l’occasion. À travers la relecture de ses œuvres, il est possible de reconstituer le modus operandi de cette catégorie particulière d’individus : le faussaire, le généalogiste, en analysant leur choix d’inscriptions génuines – certaines effectivement conservés dans des collections locales, d’autres connus grâce à des ouvrages imprimés – et des modèles utilisés pour la création de nouvelles inscriptions.

Benoît Rossignol (Université d’Avignon) et Michèle Bois (UMR 5648 CIHAM) se sont intéressés à La collection Vallentin du Cheylard et l’épigraphie de la moyenne vallée du Rhône. Michel Christol (Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne), présentera, dans le cadre de cette publication, un dossier complémentaire sur un des faux créés par Cholvy. Préservée jusqu’à aujourd’hui, la collection épigraphique Vallentin du Cheylard à Montélimar (Drôme) s’est constituée sur plusieurs générations entre la seconde moitié du XIXe siècle et la première du XXe. Outre la grande quantité d’inscriptions conservées, au moins une centaine, sa grande cohérence fait toute sa valeur. La collection offre un aperçu remarquable des pratiques épigraphiques dans la moyenne vallée du Rhône, de Vaison-la-Romaine à Uzès et d’Orange à Vienne. Au tournant du XIXe et du XXe siècle, Ludovic Vallentin et son fils Florian, magistrats érudits, étaient pleinement intégrés aux réseaux savants qui travaillaient à la publication des inscriptions : Allmer, Hirschfeld, Espérandieu. Si la disparition prématurée de Florian Vallentin l’empêcha de tenir une place à la hauteur de ses compétences dans cette histoire, la collection et ses archives permettent aujourd’hui de saisir la constitution d’un savoir. L’histoire de la collection est donc difficilement séparable de celle de la discipline épigraphique dans la région depuis l’érudition locale du XIXe siècle, puis l’élaboration du CIL XII par Hirschfeld jusqu’à la réalisation plus récente, depuis les années 1990, des volumes des Inscriptions latines de Narbonnaise. Toutefois, il n’existe pas d’inventaire complet publié. L’intérêt de la collection réside aussi dans le fait qu’elle éclaire les pratiques antiquaires, archéologiques mais aussi commerciales de l’époque, et notamment la réalisation de faux, dont ceux, nombreux, du marchand ardéchois Cholvy. Ceux-ci voisinent avec les inscriptions genuinae et visaient parfois moins à tromper qu’à équilibrer le marché du côté de l’offre. La collection compte encore quelques inscriptions encore inédites et des inscriptions sans provenance précisée : pour les identifier, il faut comprendre le cadre de prospection épigraphique qui déboucha sur la production de faux afin de les discriminer. C’est la même situation, et souvent les mêmes acteurs, qui déplaçaient les pierres génuines et fabriquaient les inscriptions fausses. Outre les relectures pratiquées pour les inscriptions de Vaison et de sa région, qui ont mis en évidence un cas de falsification d’inscription, un bilan effectué pour les inscriptions du Gard a permis l’attribution d’une provenance à une inscription inédite remarquable et a contribué à expliquer la fabrication de plusieurs faux. Un autre bilan concernant les inscriptions de Montélimar a permis la réattribution d’une inscription au corpus de Vienne. Afin de travailler en vue de la nécessaire publication d’un inventaire complet, la communication a précisé la place des faux dans la collection et dans son histoire notamment en explicitant les critères textuels et formels permettant de discriminer et de localiser. Ainsi, le travail d’édition des inscriptions génuines ne doit pas être séparé de l’études des cas plus douteux, des pierres falsifiées et des faux complets. Cela suppose la prise en compte des pratiques savantes dans la moyenne vallée du Rhône entre 1860 et 1960, mais aussi la restitution du paysage épigraphique et intellectuel disponible pour les faussaires et leurs clients potentiels.

Sergio España-Chamorro (Universidad Complutense de Madrid) a parlé de La epigrafía norteafricana en los archivos de París: pasado, presente y futuro. La conquête et la colonisation françaises de l’Algérie, de la Tunisie et du Maroc ont suscité un intérêt scientifique à bien des égards, dont l’étude du passé d’un point de vue archéologique et épigraphique y comprisde la part d’acteurs inattendus. Ainsi, les diverses brigades et commissions françaises copièrent pendant près de 150 ans de colonisation plus de 55 000 inscriptions. Qu’est-il advenu de toutes ces informations épigraphiques envoyées systématiquement à Paris ? Les archives parisiennes recèlent une grande quantité de données qui permettent de reconstituer le cycle de vie des inscriptions de l’Afrique du Nord, telles que la nature du support ou l’état de la pierre qui permettent également de corriger et confirmer les relevés, à signaler des inscriptions inédites et à accéder à des matériaux difficiles à consulter. Toutes ces informations (dessins, photographies et rapports) contribuent à compléter la connaissance des inscriptions, mais elles racontent aussi une page de l’histoire moderne des études épigraphiques en illustrant les stratégies coloniales d’intégration culturelle et l’appropriation européenne de l’héritage historique nord-africain qui prend racine dans les débats controversés sur la légitimité des collections patrimoniales des musées occidentaux.

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